M pour matière ?... M pour Martin ?...

En 2005, se souvenant avec nostalgie des pages de magazines transférées sur des feuilles blanches grâce à du trichloréthylène, Martin Berger imagine qu'il pourrait à nouveau déposer des images – photographies, graphisme, dessins… – sur des panneaux qu'il assemblerait ensuite pour construire des compositions décoratives, des fresques actuelles.

Comme il n'existe alors aucun procédé ad hoc, il se rapproche des experts es impression grand format. Avec eux, il élabore des solutions techniques exclusives.

Grâce à son goût pour les "détournements" et à sa curiosité technique, il met ainsi au point un procédé d'art décoratif qui lui permet d'imprimer des images sur des surfaces de béton , entre autres…

Quelles images ? Beaucoup de photographies personnelles prises lors de voyages ou de trajets du quotidien. Des images, aussi, qui lui sont envoyées dans le cadre de travaux de commande, mais qu'il réinterprète toujours avant de les transférer, de façon à ce que la matière et l'iconographie se révèlent, se valorisent mutuellement.

Une fois l'image posée sur le béton, Martin Berger effectue encore un important travail en atelier afin de la rehausser grâce à des couleurs, à des effets de matière et de lumière. Ici et là, il donne du volume à un détail, souligne un creux… Il fait en sorte que l'image soit à l'intérieur même de la matière.

Martin Berger a ainsi inventé un support et un nouveau procédé qui se prêtent particulièrement bien à l'impression de photos. Reconnaissant ce savoir-faire unique, des photographes d'art lui confient leurs clichés. Ainsi naissent des œuvres composites.

« Cette force, j'ai tenté par le ciment, support essentiel de cette série et de beaucoup d'autres travaux, d'en capter des extraits par la matière.
La photo, elle, plus légère, délicate, vient se déposer, se fondre dans le matériau pour donner, c'est mon intention, un poids aux espaces et ambiances traitées.
Cette matière mixte, sombre souvent, inerte parfois, est un médium qui m'apporte par sa plasticité une touche surannée, filtrée, propre à traduire mon sentiment vis-à-vis de notre monde. » (Martin Berger, extrait du catalogue de l'exposition "Borderline"; – Grenoble, mars 2010)